Identité textuelle : Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux

C’est beau une ville la nuit. Toute d’or et de brume parée, Bordeaux n’échappe pas à la règle.

21h30, je sors tout juste du TNBA où je viens d’assister à la pièce de Marivaux Le Jeu de l’amour et du hasard, mise en scène par Laurent Laffargue.

J’ai passé près de 2h (1h50 mentionne le dossier de presse) à m’émerveiller de l’intemporalité du texte. Trois siècles déjà et pas une ride. La pièce à été jouée en 1730 pour la première fois et si le dispositif scénique a forcément évolué, le texte, lui, est resté le même. Même fraicheur, même impact, certainement mêmes rires dans la salle. Ce qui nous rappelle que dans toute entreprise littéraire – de plus ou moins haut vol, peu importe, là n’est pas l’enjeu -, il y a l’envie de partager et de séduire, de conquérir. De retenir également. De prolonger quelque chose, en somme.

Dorante et Silvia, deux jeunes gens de bonnes familles promis l’un à l’autre par leurs pères respectifs et redoutant un tel engagement envers une personne qu’ils n’ont jamais vue, choisissent de se glisser dans le costume de leurs domestiques afin de mieux s’observer et de se jauger incognito.

Maître et maitresse s’éprennent l’un de l’autre, tous deux navrés de songer qu’ils éprouvent de l’inclination pour une personne qu’ils pensent dénuée de rang. Servante et valet se charment et s’attachent de la même façon, chacun prenant l’autre pour ce qu’il n’est pas. Comment sortir de cet imbroglio farfelu sans perdre ce qui est en jeu, à savoir l’amour ?

Dorante et SIlvia Le jeu de l'amour et du hasard

Dorante ( Mathurin Voltz)  et SIlvia (Clara Ponsot)
Le jeu de l’amour et du hasard

Je n’irais pas jusqu’à affirmer qu’il s’agit là d’une histoire banale, mais tout de même, racontée par quelqu’ un d’autre que Marivaux (CQFD), elle perd beaucoup de son charme. Le texte est au cœur de tout et les acteurs* incarnent merveilleusement le langage.

Toute histoire, toute anecdote peut être terriblement ennuyeuse comme absolument fascinante, tout dépend de qui la raconte et comment. Dans la vie, un bon conteur dispose de certaines aptitudes : des gestes, une voix, une capacité d’écoute et une qualité de silence. Une respiration aussi. Selon les narrations, on privilégie l’essentiel, on va à l’économie. Parfois tout au contraire, c’est une progression lente, faite de tours et de détours. L’écriture se déploie dans un élan chaque fois différent. Chacune possède son mouvement propre, selon la fluidité voulue, les images esquissées et l’aimantation recherchée. L’écriture explore des espaces nouvellement circonscrits, n’est jamais limitative. Et parce qu’elle est plurielle et toujours créative dans ses différents mouvements, elle reste un des plus beaux terrains de jeu que nous possédions.

 

TNBA – Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine, du 8 au 12 décembre 2015.

Le Jeu de l’amour et du hasard

Texte Marivaux / Mise en scène Laurent Laffargue assisté de Sébastien Laurier

Avec

  • Mathurin Voltz : Dorante
  • Clara Ponsot : Silvia
  • Audrey Mallada : Lisette
  • Julien Barret : Arlequin
  • Georges Bigot : Oron
  • Maxime Dambrin : Mario

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