La terre est bleue

La terre est bleue.

Edition 2015 du Festival Regard 9.
Festival regard 9 : La terre est bleue, exposition de création. L’auteur et dessinateur Christian Cailleaux à l’espace Saint Rémi. Ode à la mer et au départ.

la terre est bleue

Il est de ces êtres toujours en partance. Qui voyagent avec boulimie, pour abattre des kilomètres et se tanner à tous les vents du globe. En vivant le monde comme appel, comme mystère. Christian Cailleaux conjugue voyage, écriture et dessin, à la rencontre de l’Autre et d’un ailleurs sans cesse différent. Vagabond au long cours, il a jeté dans ses planches le fracas du monde. Tel l’orpailleur dans une rivière africaine, il débusque la poétique des lieux et la grâce des rencontres.
Il est l’invité de l’édition 2015 du festival Regard 9.

Dans l’espace Saint Rémi, la terre est bleue.

Dans le cadre de ces quelques journées dévolues à l’univers de la bande-dessinée, le directeur artistique du festival, Eric Audebert, nous propose d’embarquer aux côtés de Christian Cailleaux à la découverte des hommes de mer, des navires de nuit et des escales lointaines.
Jusqu’au 7 juin, l’espace Saint Rémi se transforme en navire pour cette exposition conçue comme une traversée. Rien ne manque au décor : ni les cheminées, ni la passerelle en bois, ni les bouts sagement lovés de part et d’autre de celle-ci. L’imaginaire marin s’offre tout entier : rudesse des longs quarts de veille, yeux clairs délavés par la lumière aveuglante, visages aux pommettes hautes et aux lèvres pleines des jeunes femmes aimées à terre.
Auteur, dessinateur, Christophe Cailleaux dépeint un univers rude et intense qu’il explore par le mot juste, un trait large, une couleur. Une fois dessinées et écrites, les choses vues ne s’échappent plus. Elles nous accompagnent, inscrites en nous.

Pratt, figure tutélaire.

Personne ne s’étonnera d’apprendre que Christian Cailleaux, amoureux de la bande dessinée littéraire et de l’univers marin, marche dans les pas d’Hugo Pratt. Comme le pensait Nicolas Bouvier, les grands voyageurs ne font que continuer à l’âge adulte les périples commencés dans leur enfance, désirs de voyages suscités par des lectures. Si la référence est évidente, le dessinateur et auteur a su toutefois s’en détacher pour évoluer vers un style qui lui est propre. Et si l’on retrouve dans les thèmes certaines similitudes (d’ailleurs propres à tout travail relatif au monde maritime et à son imaginaire ), le traitement formel n’en possède pas moins ses singularités propres.

terre2Le trait est souple, large et assuré. Les femmes sont idéalisées, les hommes plus réalistes, concrétisés par des traits physiques caractéristiques d’une profession violente et rude : rugueux dans la dureté de leurs traits, visages anguleux des commandants et poses hiératiques. Les couleurs vives d’îles exotiques et de ports méditerranéens alternent avec un nuancier plus doux, de bleu et de gris, propice à la rêverie, à l’attente, à l’espoir, porteur d’une charge mélancolique.

Scénographie et esthétique de l’imaginaire marin.

Le rythme narratif est intéressant. La terre est bleue ne se présente pas comme une exposition traditionnelle, avec planches et cartels explicatifs à l’appui. L’auteur choisit plutôt d’explorer une forme libre, en multipliant les supports et en invitant le visiteur à une traversée dans l’océan.
Dessins, esquisses et planches inédites côtoient des extraits de texte, des chansons et des bribes de pensées qui entrent en résonance avec cet imaginaire marin auquel on ne peut se soustraire. Le récit de bonnes fortunes, l’imaginaire d’un départ, celui de l’attente, de terres nouvelles à explorer, de rencontres éphémères.

terre3
Cette « traversée » est un itinéraire, un voyage en soi. L’aventure lointaine porte en elle un idéal de réalisation de soi. Elle commence, dans la première salle, par l’implacable nécessité du départ : A Brest, un marin ne peut retenir cet élan vital qui le guide sans relâche vers un cargo en partance pour des terres lointaines. Le marin est habité par le départ. Par un ailleurs porteur des espoirs qui parfois nous ont quittés à terre.

Malgré ce besoin viscéral, une image, un doute, peut-être une appréhension : le visage de la femme aimée et abandonnée au port, pour l’instant rêvée. Une silhouette de femme douce, une fiancée aimante et dévouée, une femme à retrouver, à laquelle rêver de longues heures sur la coursive, par une mer d’huile ou par gros temps.
Puis, dans la continuité, vient un pan de mur dédié à la figure féminine. Mais c’est là une image de femme féline, complexe, multiple et sans cesse réinventée. Un trait large et sûr, une économie de lignes. Le profil de l’amante dans la nuit, une souple silhouette séduisante, un visage grave, l’attente malheureuse et inévitable, le manque et la solitude.

terre4
Ces femmes aux longs cils dont on se souvient si bien et si fort durant les longues heures de veille, précieux recours lorsque le corps est à bout et que le mental flanche. L’éblouissement. Une voix que l’on entend alors que la tempête fait rage, des yeux que l’on devine dans les arabesques de l’écume, des pensées qui martèlent l’esprit aux heures les plus noires de l’éloignement.

Lorsque l’on n’a pour seul horizon qu’une étendue grise et bleue ouverte sur l’immensité, on se prend à rêver et à espérer une rencontre, des retrouvailles, une fulgurance enveloppante, bref, de l’humanité au milieu de la solitude la plus totale.
L’image spectrale devient obsession, compagne de route, inépuisable réservoir d’espoir et de courage.

terre3

Une amitié à quatre mains.

Arpenteur du globe, Christian Cailleaux rencontre Bernard Giraudeau avec lequel il se lie d’amitié. Plusieurs projets communs voient le jour, la couverture d’un livre de l’écrivain, et deux bandes-dessinées dont le scénario est signé de Giraudeau : R97, les hommes à terre chez Casterman en 2008, et Les Longues traversées, aux éditions Dupuis en 2011.
Observateurs, voyageurs de l’extrême, ils s’accordent dans le mélange des couleurs et dans une certaine manière d’évoquer un univers rude et poétique que tous deux ont appris à connaître : l’un dès son plus jeune âge en embarquant à bord de la Jeanne à 17 ans; l’autre plus tardivement, pour une traversée jusqu’à New York sur la Jeanne D’Arc.
Tous deux marqués par la mer et ses exigences, ils condensent ensemble les caractéristiques essentielles d’une quête: celle des grands voyageurs qui, de tout temps, ont toujours cherché dans la découverte et le départ une réponse à la question de leur existence.

Festival regard 9
Juin 2015
Exposition La terre est bleue
Espace Saint-Rém


, , ,

Abonnez-vous à notre newsletter

Profil Freelancer Hopwork